| Paru dans L'Express du 06/06/2005
LES ARCHITECTES SE METTENT AU VERT
par Pauline Sommelet
Matériaux écolos, chauffage non polluant...
Les maisons contemporaines qui respectent la nature font chaque jour de nouveaux adeptes
Une maison bio? Dans l'imaginaire collectif, cela évoque plutôt l'ambiance Petite Maison dans la prairie, avec murs en rondins de bois et rideaux à carreaux rouges. En réalité, le résultat se rapproche plus souvent de la Maison sur la cascade de Frank Lloyd Wright. Concilier habitat écologique et architecture contemporaine n'est plus une utopie et les architectes sont de plus en plus nombreux à s'y essayer.
Le fruit de leurs cogitations sera visible du 10 au 12 et du 17 au 19 juin prochains, à l'occasion de la 6e édition des Journées de la maison contemporaine: «Sur 300 réalisations présentées, au moins 60 s'inscrivent dans une démarche écologique ou dans le cadre du label HQE (haute qualité environnementale), qui définit 14 objectifs à poursuivre pour améliorer la qualité environnementale du bâti», se félicite Benoît Joly, maître d'œuvre de cette manifestation originale qui permet aux visiteurs d'aller découvrir des maisons d'architecte présentées par leur créateur et leur propriétaire. Nul doute que les maisons estampillées vertes attireront nombre des 16 800 curieux attendus.
Si la construction écologique reste encore confidentielle (environ 5% du colossal marché de la maison individuelle), l'intérêt des particuliers est réel et croissant. «Question de génération, note Philippe Madec, architecte spécialiste du développement durable. Celles qui arrivent ont grandi en entendant dire qu'il fallait sauver la planète: elles veulent y contribuer d'une manière ou d'une autre. Mes élèves architectes, par exemple, sont passionnés par cette problématique.» L'homme de l'art vient d'ailleurs de terminer, pour le compte du ministère de l'Equipement, un rapport sur la qualité architecturale et la qualité environnementale, fruit d'une réflexion commune menée avec des urbanistes, des ingénieurs et un philosophe. Autre signe de l'évolution des politiques face à cette demande du public: les crédits d'impôt (pouvant aller jusqu'à 40%) accordés aux ménages pour les travaux visant à réduire les émissions de CO2 (chaudière, isolation...). Le chauffage domestique est en effet l'une des principales sources de pollution au gaz carbonique.
Reste alors à mettre en pratique les solutions possibles - dans le choix des matériaux, tout d'abord. Le retour en force du bois est une aubaine pour la fibre verte des constructeurs, mais encore faut-il qu'il ne soit pas traité par de
multiples produits chimiques. «Le bois, d'accord, mais attention aux essences exotiques importées dans des conditions dévastatrices pour l'environnement», met en garde Benoît Joly. Outre le bois, les architectes vantent aussi les mérites du métal, de la brique «bio», du verre... et même de la paille! Foin du mythe tenace des Trois Petits Cochons, où le soupir rageur du loup suffit à balayer les fondations de la maison en paille: solidement compressée en ballots, elle s'avère un excellent composant pour édifier les murs d'un bâtiment. Environ 200 maisons en paille existent en France, mais la technique fait des émules (les stages proposés pour apprendre à bâtir sa maison en paille affichent complet jusqu'à la fin de l'année). Autre matériau en pleine expansion: le chanvre. Comme isolant, il remplace avantageusement la laine de verre. Mélangé à d'autres produits, il fournit un «béton de chanvre» sur lequel les constructeurs ne tarissent pas d'éloge. Isolateur thermique et phonique, ce composite permet de construire des murs «respirants» et assure ainsi une aération naturelle de l'édifice. «Il faut envisager l'œuvre architecturale dans une relation dynamique avec son environnement, explique Philippe Madec. Non seulement grâce
à des échanges entre l'intérieur et l'extérieur, avec des parois conçues comme une véritable peau, mais aussi grâce à son inscription particulière dans le paysage, son orientation, son mode de chauffage et, plus largement, le mode
de vie de ses habitants. Une maison bio, ce n'est pas de l'architecture traditionnelle à laquelle on ajoute trois panneaux solaires.» accompagner cette démarche pédagogique, l'architecte joue souvent un rôle clef. Même si le marché de la maison individuelle, chronophage et peu rentable, est encore trop peu investi par les hommes de l'art. «Le recours à un architecte ne va pas de soi, regrette Boris Bregman, lui-même installé en Haute-Savoie et familier de la Suisse où l'intervention d'un architecte est indispensable pour faire construire ne serait-ce qu'un garage. Jusqu'à 170 mètres carrés, ce n'est pas obligatoire, ce qui fait la part belle aux “pavillonneurs”. Avec 10 modèles standards à leur
catalogue, ils bétonnent les parcelles individuelles à des prix défiant toute concurrence.» Résultat: les lotissements sans âme aux maisons qui poussent comme des champignons représentent un vrai désastre écologique et paysager.
«Cette standardisation envahit tout le marché de la construction, regrette Rodrigue Henrio, qui a choisi de faire construire une maison écologique en plein cœur de Rennes. Impossible, par exemple, d'avoir une porte de garage en
bois toute simple, sans matériaux ajoutés. Ou alors, c'est trois fois plus cher.» Aidé par son architecte, cet urbaniste (qui n'est pas un «militant acharné» mais qui tenait vraiment à «construire bio») a rencontré encore beaucoup de difficultés pour mener son projet à terme. «Faire venir les bons matériaux, trouver des artisans capables de les installer, mettre en place un système de récupération des eaux de pluie... Je n'ose même pas calculer le surcoût que toutes ces démarches impliquent», raconte-t-il. En moyenne, la construction d'une maison bio s'échelonne entre 1 000 et 1 500 € le mètre carré (soit environ 10% plus cher qu'une maison standard), sans compter l'achat du terrain. Un investissement à long terme qui permettra de multiples économies d'usage, assurent en chœur les architectes. Et, surtout, de s'offrir un home sweet home enfin beau et bio à la fois...
Source : L'Express
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Paru sur le site de France5
LA MAISON BIO, UNE TENDANCE DANS LE PAYSAGE ARCHITECTURAL
Avant, les matériaux écologiques étaient achetés dans des magasins spécialisés. Maintenant, on les référence et on les vend de plus en plus au milieu des matériaux conventionnels.
Les produits écologiques se développent à l'échelle industrielle. Le chanvre, le lin, le papier recyclé, la fibre de bois... Tous ces isolants naturels ont le vent en poupe.
On redécouvre aussi les vertus de la chaux ou la terre pour faire des enduits ou même de la maçonnerie. Les nouveaux matériaux de construction écologiques font aussi leur apparition. Par exemple, les briques "monomurs", qui permettent de construire des murs auto-isolants économes en énergie, se vendent comme des petits pains : plus de 40 % de croissance entre 2001 et 2002.
Source : France5 |